, Michelin, Auchan et les autres : ce que les plans sociaux disent de l’état de l’économie française

« Des salariés épuisés, en pleurs. » En quelques mots lestés d’émotion, Christelle Bourguigneau, responsable CFDT, résume l’ambiance chez Valeo, à La Suze-sur-Sarthe (Sarthe), depuis l’annonce, en juillet, de la mise en vente de l’usine. Les 270 employés, affectés à la production de radiateurs et de refroidisseurs de batterie, vivent depuis entre incertitude et colère.

Cette situation les a conduits début novembre à mener une grève d’une semaine. Avec, à la clé, l’obtention d’une prime de plusieurs centaines d’euros par mois, moyennant le maintien de l’activité jusqu’au printemps. Un accord cosigné par la CFDT mais qui a fracturé l’unité syndicale, d’autres organisations refusant que le montant diffère suivant les catégories de personnel. « On nous a signifié que c’était à prendre ou à laisser », souffle Christelle Bourguigneau.

L’usine de La Suze-sur-Sarthe n’est pas seule dans la tourmente : un millier d’emplois se trouvent menacés sur deux autres sites dans les Yvelines et en Isère, alors même que Valeo avait déjà annoncé en février la suppression de 1 150 postes dans le monde, dont 235 en France. « On comprend que la concurrence est rude et que le cours de l’action a été divisé par six en sept ans, glisse Christelle Bourguigneau. Mais Valeo privilégie ses usines en Asie. À la limite, je préférerais que l’entreprise assume, comme Michelin. Cela me permettrait de commencer mon deuil… »

Auchan et Michelin, des annonces simultanées qui frappent les esprits

Comme Michelin… L’équipementier clermontois a annoncé mardi 5 novembre la fermeture de deux usines, à Cholet (Maine-et-Loire) et Vannes (Morbihan). La concurrence asiatique sur le marché des pneus pour poids lourds et camionnettes a eu raison des deux sites et de leurs 1 254 salariés, justifie le groupe.

Un peu court, selon Sébastien Menesplier, secrétaire confédéral CGT : « Selon le CSE, en dix ans, Michelin a obtenu plus de 22 millions d’euros d’aide et crédits d’impôt, sans contrôle ni contrepartie, s’étrangle-t-il. Il n’est pas entendable que de grands groupes profitent de l’argent public pour aller produire dans des pays où la main-d’œuvre est moins chère, et où les normes environnementales sont moins exigeantes. »

Toujours le 5 novembre, une autre entreprise familière des Français, Auchan, faisait part de sa décision de licencier près de 2 400 collaborateurs, dans le but de renouer avec la rentabilité. L’annonce quasi simultanée de ces deux plans sociaux a de quoi frapper les esprits. D’autant que Michelin et Auchan s’ajoutent à une liste déjà longue d’entreprises ayant prévu, depuis le début de l’année, de tailler dans leurs effectifs.

D’autres fermetures à prévoir

Au lendemain d’une visite mouvementée sur le site Michelin de Cholet, le ministre de l’industrie, Marc Ferracci, a du reste anticipé, samedi 9 novembre, sur France Inter : « Des annonces de fermeture de sites, il y en aura probablement dans les semaines et les mois qui viennent », avec des pertes par « milliers d’emplois ».

« Ces plans s’expliquent en partie par des bouleversements sectoriels, commente Guillaume Allais, directeur général du groupe de conseil en stratégie sociale Alixio. Les équipementiers souffrent du recul des ventes de voitures et de la transition vers le véhicule électrique. Les géants de la distribution, eux, font face à une évolution des habitudes de consommation, avec la montée en puissance d’acteurs comme Amazon. De même, l’immobilier et le bâtiment pâtissent du renchérissement des matériaux et de taux de crédit élevés. »

Mais à ces spécificités s’ajoutent des difficultés conjoncturelles touchant tous les secteurs, comme la cherté de l’énergie et la faiblesse de la croissance, que l’Insee anticipe à 1,1 % pour 2024. « Ce ralentissement tient entre autres aux difficultés que rencontre l’Allemagne, notre premier partenaire commercial, entrée en récession », souligne Guillaume Allais.

L’industrie française prise en étau

En réalité, prolonge Denis Ferrand, le directeur général du cabinet d’études Rexecode, les économies française et européenne doivent relever, de façon inédite et simultanée, des défis majeurs, à la fois environnementaux et géopolitiques. « Elles se trouvent prises en étau entre deux mastodontes engagés dans une course à l’hégémonie. D’un côté, la Chine, qui en trois ans a vu l’écart des coûts de production avec la zone euro se creuser de 20 points à son avantage. De l’autre, les États-Unis, qui ont déployé un plan massif de subventions, l’IRA (Inflation Reduction Act), et qui entendent renforcer leur protectionnisme. »

De l’avis de Guillaume Allais, la plupart des entreprises françaises ont pourtant anticipé la crise. « Elles déploient une vraie gestion prévisionnelle des emplois et compétences. Elles ont évité de remplacer certains départs à la retraite. Elles ont joué sur les départs volontaires et les ruptures conventionnelles. Elles ont aussi externalisé une partie de leurs activités. » Cela explique un nombre de plans sociaux « relativement limité ». Mais, dit-il, « quand le ralentissement économique place une entreprise face à un mur, elle n’a souvent pas d’autre choix que de se délester d’une part de sa masse salariale ».

Une vague de plans sociaux silencieux

Très médiatisés, les plans sociaux d’un Michelin ou d’un Auchan en cachent souvent d’autres, menés à bas bruit, dans des petites et moyennes entreprises, souvent des sous-traitants de grands groupes. « Elles dépendent souvent de quelques clients, précise François Asselin, président de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CPME). Il suffit parfois qu’un marché ne soit pas renouvelé pour qu’elles ne puissent plus rembourser le prêt garanti par l’État contracté pendant la pandémie. »

« Souvent, le plan social concerne une dizaine de salariés, relève François Asselin. Mais mis bout à bout, cela commence à faire du monde… » Réalisant un suivi quotidien des annonces en France, la CGT estime à 180 le nombre de plans de licenciements enregistrés sur un an, avec 47 272 emplois menacés ou supprimés. Selon le groupe BPCE (Banque populaire-Caisse d’épargne), le nombre de défaillances d’entreprises sur les douze derniers mois aurait atteint son plus haut niveau depuis quinze ans (près de 64 000), menaçant 250 000 emplois.

Des suppressions de postes qui risquent d’être de moins en moins compensées par des embauches. En août, une enquête Bpifrance-Rexecode faisait état de 28 % de chefs d’entreprise déclarant reporter leurs projets d’embauche, tandis que 21 % les annulaient. La même enquête menée fin octobre et présentée ce mardi 12 novembre montre que le pourcentage de patrons optant pour un report a bondi à 35 %, tandis que 19 % renonçaient finalement à embaucher.

Un « ajustement » prévisible sur le marché de l’emploi

Fatalement, les chiffres de l’emploi s’en ressentent peu à peu, avec un solde négatif de 25 000 postes au troisième trimestre. Mathieu Plane, économiste à l’OFCE, y voit « un ajustement » prévisible. « Ces trois dernières années, le “quoi qu’il en coûte”, le soutien exceptionnel aux entreprises, l’essor de l’alternance ont contribué à une dynamique quasi historique sur le marché de l’emploi, alors que la croissance était à la peine. »

Au deuxième trimestre, le taux de chômage était encore limité à 7,3 %. Mais le vent a tourné, avec un chômage désormais attendu à 8 % fin 2025, selon l’OFCE, loin de la promesse de plein-emploi faite par Emmanuel Macron. « L’heure est à la contraction budgétaire, ce qui freinera l’activité », explique Mathieu Plane. À court terme, pouvoirs publics et entreprises ne pourront que « limiter la casse ». À moyen terme, il faudrait « que l’Europe mette au point un plan de relance s’appuyant notamment sur des pays aux capacités d’endettement supérieures à celles de la France ».

Dans son rapport sur la compétitivité présenté en septembre, Mario Draghi, ex-président de la Banque centrale européenne, recommandait aux Vingt-Sept d’investir chaque année 800 milliards d’euros, soit 4,7 % de leur PIB, pour permettre à l’Europe de rester dans la course.

Les principaux plans sociaux en 2024

Le mardi 5 novembre, deux grandes entreprises ont annoncé simultanément des plans sociaux : Auchan (2 400 postes) et Michelin (1 254 emplois).

Depuis janvier 2024, d’autres groupes ont fait part de leur intention de se séparer d’une partie de leurs effectifs : Casino (suppression de plus de 3 000 postes), Société générale (plus de 900), Nexity (500) ou encore Sanofi (330 emplois en France).

De nombreux emplois sont menacés également chez les équipementiers Valeo et Forvia (concernant ce dernier, 10 000 postes en moins en Europe sur quatre ans), ou encore chez Vencorex, acteur de la chimie, placé en redressement judiciaire mi-septembre (plus de 400 emplois menacés).

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